3 Bouillabaisse et p’tites pépées (extrait)

Résumé : Quand Jeanne Tabarin, rieuse de trottoir, adepte du tout cuir et du chat à neuf queues, est refroidie religieusement, il est normal que le Commissaire principal du Port de Marseille se pose des questions… Mais quand l’amoureux transi de sa vieille veuve de mère disparait… Cela l’arrangerait plutôt… Même Gaga la suceuse, sa protégée, ne pourra le renseigner. Somme-t-on face à un serial-killer ? Il faudra toute la sagacité de son équipe de déjantés de l’Inquisition pour résoudre in extrémis cette énigme pas si orthodoxe que cela.

Au fait ! Notez bien : quand on travaille dans le sado-maso, on s’aperçoit qu’il y a plus de sados que de masos… Qu’on se le dise…

9782897174644

 

***

Dimanche matin. C’est l’heure où Marseille ne donne pas encore sa pleine mesure, où les odeurs planent sans agresser, où les bruits sont encore identifiables, où la bonhommie garde encore cette chaleur méridionale, où la brise de mer ose se mêler aux odeurs de pain chaud.

Elle avait le ronflement élégant d’une décapotable bichonnée à l’extrême. Les sièges de cuir vert empire snobaient une carrosserie pourtant classique, blanche et siglée 911. Ce bijou de technologie rustaude, à la germanique solidité, exhalait un souffle mâle et félin. Sur la Canebière, à neuf heures du mat, Ruben Quinquet, commissaire principal ou plénipotentiaire de Justice immanente, soulevait délicatement ses paupières au-dessus du volant gainé de vert. Il humait l’air, ou, dirions-nous plus simplement, il jouissait de l’odeur du cuir, du ronron sourd de sa Porsche qu’il avait sortie du box qui lui était réservé. Achetée d’occasion à un Lord (d’où la couleur verte qui, on le sait, est la couleur préférée des angliches) qui quittait Nice pour la perfide Albion, perfide depuis le coup de Jarnac[1] (sans compter qu’ils ont brulé Jeanne d’Arc), il se l’était offerte avec l’assurance-vie qui lui était échue au décès de son père. Un dernier cadeau en quelque sorte… Dans le secret de son cœur, il l’appelait « Mémère ». Pour le moment, il passait amoureusement la main sur le somptueux clitoris de sa tire et embraya sur la première vitesse, le feu passant au vert, lui aussi.

Donc tout baignait dans l’huile de moteur en ce dimanche matin, intermède drastique qui le coupait pour un temps de son milieu de zingués de la déduction, des crustacés du panier à salade, des stratifiés des planques en bois. Ce dimanche-là il mangeait chez maman Denise. En plein milieu de la chaussée, deux ou trois voitures s’arrêtèrent, l’élan coupé par une petite troupe d’hurluberlus, apparemment pacifiques, qui brandissaient des pancartes manifestant leur intérêt pour la défense du tambour à pédales et du trombone à saucisses. Des musiciens sans doute, en peine de publicité. Puis leur grande pancarte bleue cassa net, en plein sur la chaussée. On attendit patiemment qu’ils ramassent leurs pédales et leurs saucisses. Ruben avait un peu de vague à l’âme… Il aurait aimé avoir une femme, une jolie épouse et un enfant. Non, pas deux, sinon on se disperse. D’ailleurs ses parents n’avaient eu que lui. Qu’aurait-il fait d’un frère ? Il avait bien essayé, non pas d’avoir un frère, mais de draguer une femme. Une brune frisée de partout. Cela avait été un grand amour jusqu’à un matin qui, dans son histoire, lui paraissait comme la cause d’un dénouement tragique. Parce qu’un échec est nécessairement tragique. On s’investit, on échafaude, on imagine, on calcule, puis, patatras, tout s’effondre. On se retrouve Gros-Jean comme devant, mais le plus terrible c’est après, expliquer aux personnes au courant que rien ne va plus… C’est comme à la roulette, à un moment donné on perd. Y a même pas la mise à ramasser. Y a plus rien. Elle s’appelait Anastasia. Rien qu’au prénom, il était déjà séduit.

Ils avaient leurs habitudes et tous les vendredis soirs lorsque les exigences du service ne l’exigeaient pas… Ruben et Anastasia dînaient à la pizzeria et rentraient se coucher dans le deux pièces de mademoiselle la secrétaire. Elle avait du savoir-faire, sans doute collecté dans d’autres bras, mais aussi dans des romans romantiques, romances exotiques et anecdotiques. Bref, Ruben se laissait faire, y allait de son bouquet de fleurs, de sa bouteille de Bourgogne ou de ses petits gâteaux sur lesquels s’extasiait invariablement la copine à piner.

Après une nuit phosphorescente, Anastasia se lova contre lui, lui passa la main sur le ventre et dans les tournures qu’elle apprenait par cœur dans ses romans-photos, elle lui déclara tout de go :

— J’aime ta peau. Et toi tu aimes la mienne ?

— Bien sûr que j’aime la tienne.

— Oui, mais pourquoi ?

— Ôh la la, mais tu sais bien…

— Oui, mais c’est toujours pareil, quand je te parle d’amour, tu ne sais rien dire… Regarde, moi j’aime ta peau parce qu’elle est douce, parce qu’elle a une belle couleur, parce qu’elle sent la noisette…

La noisette, Ruben sentait la noisette… Alors ça… l’Armagnac encore… mais la noisette… Ah les femmes, ça t’a de ces inventions… Ruben ne vit pas le coup venir et pourtant c’est là que tout dérapa…

— Et moi, je sens bon ?

— Mais bien sûr que tu sens bon !

Ruben attendait qu’elle se calme…

— Moa, lança l’Anastasia, je voudrais sentir le chamallow…

Dans l’imaginaire du commissaire que se passa-t-il à ce moment ? Le mot chamallow évoquait quelque chose de gluant, il se vit phagocyté par une méduse, avec un tentacule se coulant subrepticement vers son arborescence virile ! Se dressant d’une seule masse, il éructa :

— Non ! Pas de chamallow !

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  1. Ne faites pas attention, c’est de la vieille Histoire…

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Les Enquêtes de Ruben Quinquet© 2013 par Charly Green, Numeriklivres. Tous droits réservés.

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