2 Ruben chez les Barbares (extrait)

Résumé : Angoissant. Là où JeanBé nous venge de la guerre de Cent Ans tout en risquant la pérennité de ses roubignoles. Incroyable. Puis, c’est Napoléon qui bousille un Congrès de Criminologie. Textuel. Où Teutons et Carolingiens s’unissent pour sauver Napoléon, malgré l’entêtement d’une lignée d’astiqueuses de binious. Historique. Où un raccourci d’histoires trouduculières vous confronte avec la Grande Histoire. 

Ruben chez les Barbares

 

***

Les embranchements d’autoroutes se succédaient avec cette loi absolument imparable qui confinait au summum de l’idiotie. Je veux parler de la « Loi de Murphy », plus connue sous le vocable de loi de l’emmerdement maximal. Ruben Quinquet, commissaire sur le port de Marseille dans le plus improbable commissariat, créé sur ordre du Ministère… (oui, mais lequel ?) sortait toutes les cinq minutes sa carte bleue, pour régler l’écot d’un trajet lilliputien. Toujours l’œil sur le pancartage qui gérait avec une fantaisie débridée la vitesse autorisée, il avait déjà failli par deux fois s’emplafonner dans la voiture qui le précédait. Il débouchait maintenant sur l’autoroute de Lyon. Il allait pouvoir rêver…

Son absence tombait bien. Son bureau, totalement ruiné par un moujik authentique et JeanBé,[1] au cours d’un interrogatoire spectaculaire dont on parlerait dans les livres d’Histoire, était en pleine réfection. Peintures, plâtrage, meubles divers, tout serait neuf à son retour, sauf bien sûr son burlingue, qu’il conservait comme une relique, elle aussi, authentique. Contreplaqué acajou, délicatement orné d’un plateau enrichi d’une mince pellicule de cuir dit de Cordoue qui, malgré son état délabré, lui faisait imaginer qu’il avait été nommé Préfet des Bouches-du-Rhône. Avant de caler la vitesse autorisée sur son GPS, il remua tant soit peu son fessier dans le cuir vert anglais de sa Porsche authentiquement alémanique, pour asseoir à l’aise, entre dossier et fessier, son flacon d’Armagnac qui était du voyage… Encore quelques instants et il n’aurait plus qu’à apprécier, à sa juste valeur, le ronron élégant de sa décapotable blanche.

Il se posait toujours une question sur les méthodes d’interrogatoire de JeanBé, son inénarrable adjoint, le boute-en-train de la filature, l’imprévisible, celui dont les méthodes déconcertantes déconcertaient les plus téméraires de ses supporters. Un interrogatoire par JeanBé pouvait prendre des proportions colossales, incontrôlables. Par quel miracle ses clients en sortaient-ils toujours indemnes ? Sa méthode, si tant est que l’on pût la décrypter, consistait à créer un environnement insécuritaire, à coups de Bottins, de marteaux, voire de faucilles, sans intention politique, entourer le postulant à la jactance d’un maximum de bruit, le menacer d’une arme quelconque en dernier recours, le recouvrir de débris multiples en lui hurlant dans le nez des insanités. Il instaurait apparemment un climat de terreur qui secouait gravement parfois le psychisme du prévenu, mais ne laissait jamais aucune trace physique. Et, en dehors de toutes théories policières, de techniques d’interrogatoire pointues et avérées, il pratiquait ce cirque une fois sur deux avec toujours le même succès, mais avec des dommages collatéraux mobiliers qui défiaient l’entendement. Ruben Quinquet, commissaire principal, lui avait intimé l’ordre de participer à la deuxième journée du Congrès de Criminologie, qui traitait justement de Réflexion sur la notion de confessions lors de l’interrogatoire policier, suivi d’Analyse des variables sociodémographiques psychologiques et criminologiques. Excusez-nous du peu… Un professeur canadien[2] se dérangeait spécialement de Toronto pour expliquer cela en long, en large et en travers.

Ruben avait besoin de calme et ce voyage dans les brumes de l’Est tombait à pic. Tous les ans, à date presque fixe, un Congrès des Criminologues Européens réunissait les gradés du show policé, des psychologues, des psychiatres criminologues, des directeurs d’établissements carcéraux spécialisés[3], et quelques pontes du Ministère de la Justice quand ils avaient le temps, dans la bonne ville de Nancy, choisie pour sa proximité avec la Perfide Albion et la Germanie. Huit ou neuf pays participaient à armes égales et l’on tolérait quelques observateurs étrangers à l’Europe, réunis pêle-mêle sous les drapeaux américains, turcs, japonais, chiliens. Tous les ans également, Ruben Quinquet se réjouissait de retrouver son collègue Otto Strade, chargé principalement, comme son nom l’indiquait, de tous les délits commis sur autoroutes et autres chemins de la Germanie du Nord. Il se promettait de bonnes soirées, arrosées de bières multiples, car Peter Smith, un confrère anglais, était de toutes leurs partouzes. Pour l’instant, on ne peut rien dire de Peter Smith, car tous les Angles s’appellent Peter (parfois John) Smith et cela ne signifie pas grand’chose. Logés tous trois au Best Western « Hotel Crystal », qui avait l’avantage d’être en plein centre de la ville et de présenter un confort correct, ils se surnommaient eux-mêmes : les trois Indiens, grâce à l’appellation « Best Western ». Ce qui avait donné à Otto Strade l’idée d’apparaître, un soir, avec trois plumes de faisans coincées à l’arrière du pantalon au niveau de la ceinture. Cela avait été diversement apprécié des clients et de la direction de l’hôtel…

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  1. Voir le volume « Bouillabaisse et petites pépées »
  2. Dr Jean-Philippe Vaillancourt. Expert psycho-légal.
  3. Quatre établissements en France sont chargés de l’incarcération des malades dangereux ayant commis l’irréparable sans intention de réparer, et réputés irresponsables.

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Les Enquêtes de Ruben Quinquet© 2013 par Charly Green, Numeriklivres. Tous droits réservés.

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